
La transition énergétique bouleverse en profondeur le marché du travail français. Selon l’ADEME, ce sont 340 000 emplois qui pourraient être créés d’ici 2035, et jusqu’à 900 000 à horizon 2050, pour adapter la société et l’économie à la lutte contre le dérèglement climatique. Ces créations d’emplois ne se limitent pas à quelques métiers de niche : elles touchent près de 70 professions différentes, réparties dans des filières aussi variées que les énergies renouvelables, le bâtiment, la mobilité décarbonée, l’hydrogène ou encore l’économie circulaire. Certains sont entièrement nouveaux, d’autres correspondent à des métiers traditionnels dont les compétences évoluent pour intégrer les enjeux environnementaux. Voici un panorama concret des opportunités professionnelles qui se dessinent, filière par filière.
Panorama des métiers émergents dans les énergies renouvelables
La production d’énergie décarbonée constitue l’un des piliers les plus visibles de la transition énergétique. La France s’est fixé l’objectif de produire 40 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030, ce qui suppose de recruter massivement dans l’éolien, le solaire, la biomasse et la géothermie.
Technicien de maintenance éolienne offshore et onshore
Le technicien de maintenance éolienne veille à l’entretien des hélices et des équipements des éoliennes afin d’éviter tout arrêt ou dysfonctionnement. C’est aujourd’hui l’un des métiers les plus prisés de la filière énergies renouvelables, porté par le développement continu des parcs éoliens terrestres et maritimes sur le territoire.
Installateur de panneaux photovoltaïques et solaires thermiques
L’installateur de panneaux photovoltaïques intervient chez les particuliers, les entreprises ou les collectivités pour poser et raccorder les équipements solaires. Ce métier s’inscrit dans la filière plus large de l’efficacité énergétique des bâtiments et connaît une forte croissance, portée à la fois par les particuliers et les acteurs professionnels.
Ingénieur en systèmes de stockage d’énergie par batteries lithium-ion
Le stockage de l’énergie est une étape clé de la transition énergétique, au même titre que sa production ou sa distribution. En Auvergne-Rhône-Alpes, la filière batterie rassemble déjà 149 entreprises positionnées sur l’ensemble de la chaîne de valeur, dont près de la moitié de TPE/PME, concentrées à 72 % autour de Lyon, Grenoble et Chambéry. Les profils d’ingénieur validation/tests batteries, d’ingénieur procédés industriels ou d’ingénieur de production y sont particulièrement recherchés, chez des acteurs comme Verkor ou Solvay pour la R&D et les matières premières.
Opérateur de centrales biomasse et géothermiques
Les énergies produites à partir de la chaleur de la terre ou de matières organiques permettent de générer électricité, chaleur ou gaz. Des métiers comme géothermicien, responsable d’exploitation d’unité de méthanisation ou chef de projets énergies renouvelables accompagnent ce développement. En Région Grand Est, les objectifs de développement des énergies renouvelables pourraient permettre de créer 20 000 emplois d’ici 2050.
Filière du bâtiment et rénovation énergétique : nouveaux profils qualifiés
Le secteur du bâtiment est le premier consommateur d’énergie en France et génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. La rénovation énergétique des logements et des bâtiments tertiaires représente donc un levier majeur de création d’emplois : 50 000 emplois seront nécessaires rien qu’en Région Grand Est d’ici 2050 pour répondre à ces besoins.
Auditeur énergétique certifié RGE (reconnu garant de l’environnement)
Avant toute rénovation, un audit permet d’identifier les points faibles d’un bâtiment en matière de consommation énergétique. Ce métier de conseil s’est professionnalisé et structuré autour de certifications spécifiques, indispensables pour accompagner particuliers et professionnels dans leurs travaux de rénovation.
Poseur d’isolation thermique par l’extérieur (ITE)
Le façadier, chargé de protéger, imperméabiliser et isoler l’extérieur des bâtiments, illustre bien cette évolution des métiers traditionnels du bâtiment vers des compétences intégrant les exigences de performance énergétique.
Installateur de pompes à chaleur air-eau et géothermiques
Le monteur en installations thermiques et climatiques est l’expert du chaud et du froid : il contribue à l’amélioration du confort des occupants tout en participant aux économies d’énergie et au respect de l’environnement. Le technicien frigoriste, spécialiste de l’installation et de la maintenance des équipements de production de froid, complète cette famille de métiers en forte demande.
Conducteur de travaux spécialisé en bâtiments basse consommation (BBC)
La conduite de chantier constitue une étape essentielle de la chaîne de la rénovation énergétique, aux côtés de l’audit, du conseil et de l’entretien des installations. Ce métier mobilise des compétences techniques classiques du BTP, désormais associées à une maîtrise des normes environnementales et des objectifs de performance énergétique des bâtiments.
Mobilité décarbonée et infrastructures de transport électrique
La transformation des mobilités constitue un autre axe fort de la transition énergétique, avec des besoins qui touchent aussi bien l’installation d’infrastructures que la conception industrielle des véhicules électriques.
Technicien en installation de bornes de recharge pour véhicules électriques
L’électricien installateur réalise les installations électriques des maisons, immeubles, usines ou centres commerciaux. Ce métier évolue naturellement vers l’installation de bornes de recharge, un segment en développement direct avec l’essor du véhicule électrique.
Ingénieur en conception de batteries pour l’industrie automobile (verkor, ACC)
La filière batterie française se structure rapidement pour répondre aux besoins de l’industrie automobile décarbonée. Les métiers d’ingénieur de production, d’ingénieur validation/tests batteries ou de technicien de maintenance/de production figurent parmi les postes les plus en tension, portés par des entreprises comme Verkor, Tyva Énergie ou Serma Technologies sur la conception et la fabrication.
Spécialiste en logistique du fret ferroviaire et fluvial bas-carbone
Le transport et la distribution de l’énergie, tout comme celui des marchandises, doivent s’adapter à des exigences de décarbonation. Les compétences en gestion des réseaux et en optimisation logistique deviennent centrales pour organiser des flux moins émetteurs de gaz à effet de serre.
Ingénierie, recherche et innovation dans l’hydrogène vert
Souvent présenté comme le carburant du futur, l’hydrogène représente un domaine en pleine effervescence, à la croisée de l’innovation technologique et des impératifs environnementaux. Au niveau national, 100 000 emplois sont envisagés dans cette filière, répartis sur l’ensemble de la chaîne de valeur : conception des technologies, développement de projets, fabrication et exploitation des infrastructures.
Ingénieur électrolyseur pour la production d’hydrogène décarboné
La conception des technologies de l’hydrogène mobilise des ingénieurs procédés et produits, chargés de développer les équipements permettant de produire de l’hydrogène renouvelable à grande échelle.
Chercheur en piles à combustible et stockage énergétique
La recherche occupe une place centrale dans cette filière émergente, avec des travaux portant sur l’amélioration des piles à combustible et des solutions de stockage, indispensables pour fiabiliser les usages de l’hydrogène.
Technicien de maintenance sur infrastructures hydrogène (stations, pipelines)
L’exploitation des infrastructures hydrogène repose sur des techniciens de maintenance et d’exploitation, tandis que la fabrication des équipements mobilise des métiers plus classiques comme tuyauteur, électrotechnicien ou soudeur, réorientés vers cette filière en développement.
Économie circulaire, recyclage et gestion des ressources critiques
La transition énergétique ne se limite pas à produire de l’énergie propre : elle implique aussi de repenser la gestion des matériaux et des équipements en fin de vie, dans une logique de sobriété et de circularité.
Opérateur de recyclage de panneaux solaires et de batteries électriques
Le recyclage et la revalorisation des batteries constituent un maillon à part entière de la filière, porté par des acteurs comme Snam et Mécaware. Plus largement, les métiers du tri, du traitement des déchets et de la coordination des flux devraient continuer à se développer dans les années à venir, avec une modernisation des centres de traitement qui oriente de plus en plus les agents de tri vers le pilotage d’équipements et le contrôle qualité.
Ingénieur en écoconception et analyse du cycle de vie (ACV)
Penser un produit dès sa conception pour limiter son impact environnemental tout au long de son cycle de vie devient une compétence recherchée dans l’industrie, en cohérence avec les exigences croissantes de sobriété des ressources.
Spécialiste en approvisionnement de métaux rares (lithium, cobalt, terres rares)
Le développement des batteries et des technologies bas-carbone dépend fortement de l’accès à des matières premières critiques. Sécuriser ces approvisionnements, tout en développant des filières de recyclage, devient un enjeu stratégique pour l’ensemble des industries de la transition énergétique.
Compétences transversales et formations pour accompagner la reconversion professionnelle
Face à ces besoins massifs de recrutement, la question de la formation et de la reconversion professionnelle devient centrale. La plupart des métiers de la transition énergétique existent déjà : ils évoluent avec de nouvelles compétences, qu’il s’agisse de la gestion des réseaux d’énergie, de l’intelligence artificielle appliquée à l’optimisation énergétique ou des objets connectés.
Certifications et diplômes reconnus dans les métiers verts (CQP, titres RNCP)
Un label des métiers de la transition énergétique permet de repérer une centaine de diplômes, du CAP au Bac+3, préparant aux métiers des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et de la décarbonation. Ce label, développé par les industriels de la filière des Nouveaux Systèmes Énergétiques avec l’appui de l’ONISEP, facilite l’orientation des jeunes souhaitant s’engager dans des formations post-3e ou postbac autour de ces enjeux.
Dispositifs de reconversion : transitions pro et VAE (validation des acquis de l’expérience)
Pour les salariés en poste souhaitant faire évoluer leur carrière vers un emploi plus aligné avec leurs valeurs, plusieurs formes de mobilité professionnelle existent : changer d’entreprise en conservant son métier, acquérir de nouvelles compétences pour un métier en transformation, changer complètement de métier, ou encore s’orienter vers un emploi jugé stratégique pour la transition écologique. Ces parcours de reconversion peuvent s’appuyer sur la formation continue tout au long de la vie, accessible via les dispositifs régionaux et nationaux dédiés.
Rôle des organismes comme l’ademe et pôle emploi dans l’accompagnement vers les métiers de la transition écologique
Plusieurs définitions permettent de mieux comprendre l’impact de la transition écologique sur l’emploi. On distingue ainsi le métier vert, dont la finalité même est de mesurer, prévenir ou corriger les impacts négatifs sur l’environnement (assainissement, traitement des déchets, production d’énergie renouvelable), du métier verdissant, dont la finalité n’est pas environnementale mais dont les compétences évoluent pour intégrer ces enjeux (agriculture, tourisme, industrie, animation). S’y ajoute le métier stratégique pour la transition écologique, indispensable à la mise en œuvre de la planification écologique sans être en soi un métier environnemental : chaudronnier, soudeur, technicien chauffagiste ou maçon en sont des exemples typiques. Des acteurs comme l’ADEME produisent les données et analyses prospectives permettant d’anticiper ces besoins en emplois, tandis que les services publics de l’emploi et les réseaux régionaux d’orientation accompagnent concrètement les candidats à la reconversion vers ces métiers d’avenir.